La revanche des atomes

Et si le modèle du tout-software avait atteint sa limite ?

The Third Road
8 min ⋅ 18/09/2026

Depuis quinze ans, la Silicon Valley nous a vendu le casse du siècle :
« Software is eating the world ».

La formule de Marc Andreessen était brillante. Elle s’est aussi largement réalisée. La valeur s’est déplacée vers l’algorithme, les données, le cloud et surtout les plateformes. Uber pouvait devenir un géant de la mobilité sans fabriquer une voiture. Airbnb, un géant de l’hébergement sans construire un hôtel. Apple pouvait capter une part considérable de la valeur d’un smartphone tout en sous-traitant sa fabrication.

Le monde physique était devenu presque vulgaire. Il fallait des usines, des machines, des stocks, des ouvriers, du capital. Mieux valait posséder la plateforme et laisser à d’autres le soin de produire les objets.

Les marchés financiers ont accompagné cette transformation avec enthousiasme, accordant parfois des valorisations extraordinaires aux entreprises capables de croître avec peu d’actifs physiques. La vieille économie produisait des choses. La nouvelle possédait l’interface, les données et le client.

Yanis Varoufakis est allé jusqu’à donner un nom au système qui en est issu : le «technoféodalisme». Les grandes plateformes seraient devenues les nouveaux fiefs sur lesquels entreprises et individus viennent travailler, vendre, communiquer ou consommer, moyennant une rente prélevée par leurs propriétaires.

Mais ce modèle vient peut-être de rencontrer sa limite.

Et, ironie de l’histoire, c’est l’intelligence artificielle, supposée consacrer définitivement le règne du software, qui pourrait révéler cette limite.

Car plus l’intelligence devient puissante, plus elle a besoin d’atomes.

Le software redécouvre la matière

ChatGPT ou Claude donnent l’illusion d’un monde totalement immatériel. Pourtant, derrière une simple requête se trouvent des semi-conducteurs parmi les plus sophistiqués jamais construits, des data centers gigantesques, des systèmes de refroidissement, des réseaux électriques et des gigawatts d’énergie. Et cela ne concerne encore que l’intelligence enfermée dans nos écrans.

Lorsque l’IA commence à conduire une voiture, déplacer un colis, assembler une machine, travailler dans un entrepôt, entretenir une infrastructure ou piloter un réseau énergétique, le software ne suffit plus. Il faut des capteurs, des moteurs électriques, des batteries, des robots, des véhicules, des usines, de l’énergie, des chaînes logistiques et des hommes capables de concevoir, fabriquer et maintenir l’ensemble. Mais quelque chose de plus profond est en train de se produire : la frontière entre software et hardware devient elle-même moins nette. Un robot n’est pas un corps auquel on aurait simplement ajouté un cerveau logiciel, pas plus qu’un véhicule autonome n’est une voiture pilotée par une application. Capteurs, calcul, énergie, matériaux, software, données, actionneurs, fabrication et opérations forment désormais un même système intelligent.

C’est ce qui change profondément l’économie de la technologie. Pendant quinze ans, une grande partie de la valeur pouvait être captée par celui qui possédait la couche digitale, tandis que le monde physique était progressivement traité comme une commodité. L’IA physique remet en cause cette hiérarchie. La capacité à concevoir, produire, opérer et faire évoluer le système physique redevient elle-même une source d’intelligence, de différenciation et de valeur.

C’est la revanche des atomes.

Les seigneurs du virtuel

Ce renversement intervient au moment où une partie de l’élite technologique américaine affiche des ambitions qui dépassent largement la technologie.

Dans The Nerd Reich, le journaliste américain Gil Duran décrit la radicalisation idéologique d’une partie de la Silicon Valley autour de figures comme Peter Thiel, Marc Andreessen ou Curtis Yarvin. C’est son analyse et le terme est volontairement brutal. Mais les textes sur lesquels il s’appuie existent. Peter Thiel écrivait ainsi dès 2009 : « I no longer believe that freedom and democracy are compatible. » Il expliquait alors rechercher, notamment grâce à la technologie, des espaces de liberté échappant au pouvoir politique. L’idée mérite d’être rapprochée du technoféodalisme décrit par Varoufakis. Pendant que les plateformes accumulaient une puissance économique sans précédent, certains de leurs dirigeants ou investisseurs ont commencé à imaginer que les institutions démocratiques elles-mêmes étaient devenues trop lentes, trop inefficaces, presque obsolètes face à la technologie.

Il y a quelque chose de fascinant dans cette ambition. Car au moment même où certains se voient déjà gouverner le monde, la base matérielle de leur puissance leur échappe en partie.

La Chine n’a jamais abandonné les atomes

Pendant que l’Occident célébrait l’économie de l’immatériel, la Chine fabriquait.
Des batteries. Des panneaux solaires. Des drones. Des véhicules électriques. Des moteurs. De l’électronique de puissance. Des machines. Des robots. Et surtout les chaînes d’approvisionnement nécessaires pour les produire à grande échelle.
Dire cela n’est pas proclamer la supériorité du modèle chinois. C’est constater l’existence d’un écosystème industriel. Et cet écosystème prend soudain une valeur stratégique considérable lorsque l’intelligence artificielle sort de l’écran pour entrer dans le monde physique.
La Chine a fait de l’embodied AI, l’intelligence artificielle incarnée, une priorité industrielle. L’enjeu n’est pas simplement de construire un humanoïde spectaculaire capable de danser sur une scène. Il est de connecter intelligence artificielle, robotique, composants, batteries, capteurs, données industrielles, manufacturing et cas d’usage réels.

La différence est fondamentale. Une technologie isolée produit éventuellement un champion. Un écosystème produit une transformation industrielle.

Roomba : une petite histoire qui raconte peut-être la grande

Le destin de Roomba pourrait sembler anecdotique. Il ne l’est pas. iRobot était une magnifique entreprise technologique américaine, créée par des chercheurs du MIT. Elle avait pratiquement inventé le marché du robot aspirateur et développé des compétences remarquables en navigation et cartographie. Puis sont arrivés Roborock, Ecovacs, Dreame, Xiaomi, Narwal. En 2025, les cinq premières marques mondiales de robots aspirateurs étaient chinoises. Elles ont imposé des cycles d’innovation plus rapides, des systèmes de navigation et de reconnaissance des obstacles de plus en plus sophistiqués, des stations automatisées de plus en plus sophistiquées et une segmentation des prix extrêmement agressive. iRobot a déposé son bilan fin 2025.
C’est évidemment l’histoire d’une entreprise et non la preuve d’une loi économique universelle. Mais c’est une histoire troublante. Le pionnier américain maîtrisait remarquablement l’intelligence de son produit. Ses concurrents chinois ont fini par mieux maîtriser le système complet : intelligence, hardware, manufacturing, supply chain, vitesse d’innovation et coût.

À l’âge de l’IA physique, avoir le meilleur cerveau pourrait ne plus suffire lorsque quelqu’un d’autre sait construire un meilleur corps.

Waymo et le paradoxe du robotaxi

L’automobile autonome offre une illustration encore plus spectaculaire.

Waymo possède probablement l’une des technologies de conduite autonome les plus avancées au monde. Plus de vingt millions de trajets entièrement autonomes ont déjà été réalisés avec son système. Mais pour Ojai, son robotaxi de nouvelle génération, Waymo utilise comme base le Zeekr RT, développé initialement avec Zeekr, marque du groupe chinois Geely. Waymo intègre ensuite son propre système de conduite aux États-Unis et développe désormais jusqu’à ses propres puces spécialisées.
L’exemple est donc plus subtil qu’un simple « hardware chinois, software américain ». Mais il révèle justement la nouvelle réalité : même l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de l’IA ne peut pas déployer de l’intelligence physique sans constructeur automobile, usine, composants, intégrateur, infrastructure énergétique et opérateurs de flotte.

Une intelligence artificielle sans corps reste une application.

L’exception Musk

Il existe évidemment une exception spectaculaire au modèle américain du tout-software : Elon Musk. Qu’on apprécie ou non le personnage, Tesla a compris depuis longtemps quelque chose d’essentiel : software et hardware ne peuvent pas être séparés lorsqu’on veut transformer un système physique. Tesla a développé simultanément véhicule, software, électronique, batterie, infrastructure énergétique, intelligence artificielle et manufacturing. Avec Optimus, Musk applique désormais cette logique au robot humanoïde. Tesla ressemble d’ailleurs, sur ce point, beaucoup moins à l’ancienne Silicon Valley qu’aux nouveaux industriels chinois.

C’est peut-être précisément pour cela que Tesla a réussi là où tant de projets de « disruption » automobile conçus comme de simples plateformes numériques ont échoué.

Uber tente de reconstruire ce qui manque

Une autre expérience américaine mérite beaucoup d’attention. Uber semble avoir compris qu’il ne suffisait plus d’être la plateforme digitale qui possède le client et laisse les autres s’occuper du monde physique. Mais sa réponse n’est pas davantage de tout intégrer verticalement. Uber tente plutôt de construire un écosystème ouvert dans lequel différentes briques technologiques et physiques peuvent être combinées. L’accord avec Lucid et Nuro, qui porte désormais sur au moins 35 000 véhicules, en est une illustration : Lucid apporte le véhicule électrique, son architecture software-defined et sa capacité industrielle ; Nuro, la conduite autonome de niveau 4 ; Uber, la demande, l’expérience client et l’orchestration du service.
Mais ce n’est qu’une combinaison parmi d’autres. Uber travaille avec de nombreux partenaires dans la conduite autonome et entend rester largement agnostique sur les technologies comme sur les véhicules. D’autres constructeurs, d’autres systèmes autonomes et d’autres opérateurs de flotte peuvent venir se connecter à la plateforme. Lucid lui-même vient d’annoncer avec Bolt un programme d’au moins 25 000 véhicules autonomes en Europe, confirmant que les briques de ces futurs écosystèmes ne seront pas nécessairement captives d’une seule plateforme.

C’est peut-être là l’évolution la plus intéressante du modèle Uber. L’entreprise qui avait bâti sa puissance en possédant essentiellement la couche digitale cherche désormais à orchestrer un système beaucoup plus large associant software, véhicules, intelligence autonome, énergie, financement, maintenance et opérations physiques. Uber ne cherche donc pas à posséder les atomes. Il reconnaît qu’ils sont redevenus stratégiques et construit les interfaces permettant de les combiner avec les bits.

C’est exactement ce que la plateforme digitale seule ne pouvait pas faire.

Du soleil aux robots : la superabondance physique

Tony Seba, James Arbib et RethinkX développent depuis des années une autre idée qui prend ici une dimension particulière. La convergence de technologies dont les coûts diminuent rapidement — solaire, batteries, intelligence artificielle, véhicules autonomes, robotique — peut provoquer non pas une simple amélioration de productivité mais la destruction de structures de coûts entières. Leur concept de Stellar Energy repose ainsi sur une combinaison solaire-éolien-batteries capable, selon leurs modèles, de produire une abondance d’électricité dont le coût marginal devient extrêmement faible.
Ajoutons maintenant la robotique.
Une énergie presque gratuite alimente des machines capables de travailler presque continuellement. Ces machines contribuent à leur tour à fabriquer panneaux solaires, batteries, véhicules et autres machines. Le cercle peut devenir extraordinairement puissant.

C’est précisément ce qui conduit Varoufakis, dans une tribune publiée cette semaine dans le Japan Times, à évoquer une idée presque oubliée : l’IA industrielle pourrait faire ressurgir la vieille promesse marxiste d’une abondance matérielle susceptible de remettre en cause une économie organisée autour de la rareté et de la rente. L’hypothèse est évidemment radicale mais elle mérite mieux qu’un sourire. Car si l’IA permet non seulement de produire du texte, des images et du code, mais de réduire radicalement le coût de production des biens physiques, les valorisations gigantesques accordées aux propriétaires de plateformes numériques pourraient soudain apparaître comme le produit d’une période historique particulière plutôt que comme le nouvel ordre économique éternel.

Le Japon a compris le problème

Le Japon vient de lancer une initiative fascinante : Noetra. Son intérêt n’est pas simplement financier. Noetra réunit 44 entreprises et organisations, parmi lesquelles Sony, SoftBank, NEC et Honda, ainsi que des centres de recherche et spécialistes de l’IA comme AIST et Preferred Networks. Le projet prévoit une infrastructure comprenant environ 27 500 GPU Nvidia Rubin et veut développer progressivement un modèle japonais multimodal capable, à terme, de comprendre non seulement textes, images, sons et vidéos, mais l’espace et les propriétés physiques du monde réel : une Real-world Native AI.

C’est surtout la méthode qui est intéressante. Honda ne devient pas une entreprise d’IA. SoftBank ne devient pas constructeur automobile. Sony ne devient pas fabricant de robots industriels. Ils mettent en commun des compétences différentes pour construire quelque chose qu’aucun ne peut construire seul.
Voilà ce qu’est un écosystème. Il ne s’agit pas de réunir artificiellement toutes les compétences dans une gigantesque entreprise nationale, encore moins de demander à un ministère de décider quel robot devra être fabriqué en 2032.

Il s’agit de rendre combinables des compétences qui, séparément, ne suffisent plus.

Et l’Europe ? Le capability gap

C’est ici que les travaux de David Teece sur les dynamic capabilities deviennent particulièrement utiles. Teece décrit notamment trois grandes catégories de capacités permettant de s'adapter à un environnement en transformation : sensing, percevoir ce qui change ; seizing, comprendre et saisir l’opportunité ; transforming, reconfigurer les compétences et l’organisation pour y répondre.
Avant même de nous demander combien de milliards l’Europe doit investir dans l’IA physique, nous devrions peut-être nous demander où nous nous situons sur la première étape. Avons-nous seulement compris ce qui est en train de se passer ? Nous continuons à discuter séparément d’intelligence artificielle, d’automobile, de robotique, de semi-conducteurs, d’énergie, de batteries, de cloud, de défense et de souveraineté numérique.

Mais précisément : l’IA physique est la disparition de ces frontières.

Le problème européen est peut-être d’abord un immense capability gap entre les compétences institutionnelles que nous avons construites pour comprendre le monde technologique d’hier et celles qui deviennent nécessaires pour comprendre celui qui arrive. Et la réponse serait probablement catastrophique si elle consistait à créer une nouvelle Direction générale de l’IA physique à Bruxelles chargée de choisir quelques « champions européens ».
Un écosystème ne se décrète pas.
L’Europe possède une quantité impressionnante des briques nécessaires : automobile, aéronautique, robotique, automation industrielle, énergie, semi-conducteurs, ingénierie, logiciels industriels, universités et centres de recherche. Ce qui lui manque peut-être davantage est la capacité à les combiner. Et ce problème ne vient pas seulement des politiques. Nos entreprises occidentales ont elles aussi appris à protéger leurs territoires, leurs données, leurs technologies, leurs budgets et parfois leurs ego. Nous excellons dans la fragmentation des compétences au moment précis où la rupture exige leur convergence.

La Chine dispose déjà d’un écosystème industriel dense. Le Japon organise avec Noetra la rencontre de compétences jusqu'ici séparées. Uber construit une plateforme ouverte capable d'orchestrer véhicules, systèmes autonomes et opérations. Tesla tente d'intégrer verticalement une grande partie du système. L’Europe possède les pièces.

Mais qui les assemble ?

L'Europe commence à reprendre le contrôle

C’est pourquoi la proposition européenne présentée cette semaine sur l’accès des mineurs aux réseaux sociaux me paraît beaucoup plus importante qu’une simple mesure de protection de l’enfance.

Le KIDS Act proposé par la Commission interdirait les réseaux sociaux avant 13 ans, n’autoriserait entre 13 et 15 ans qu’un compte supervisé par les parents avec des fonctionnalités limitées et une heure quotidienne, et permettrait un compte autonome à partir de 15 ans. Il s’attaque également au scroll infini, aux mécanismes destinés à maximiser l’engagement et à certaines formes de dépendance émotionnelle créées par les compagnons IA. C’est un changement philosophique considérable.
Pendant vingt ans, nous avons accepté presque sans discussion le principe selon lequel une innovation numérique arrivait d’abord et que la société devait ensuite s’adapter à elle. Une plateforme pouvait modifier la manière dont nos enfants communiquaient, s’informaient, se comparaient aux autres et construisaient leur identité. La technologie était le donné. La société constituait la variable d’ajustement. L’Europe commence à dire l’inverse.

Une technologie, aussi puissante soit-elle, n’acquiert pas automatiquement le droit d’entrer partout dans nos vies simplement parce qu’elle existe et qu’un modèle économique a intérêt à maximiser le temps que nous lui consacrons. Face au pouvoir considérable accumulé par les plateformes numériques — et aux conceptions radicales du rapport entre technologie et démocratie documentées par Gil Duran — ce n’est pas anecdotique.
C’est aussi à cette aune qu’il faut lire Magnifica Humanitas, l’encyclique publiée cette année par le pape Léon XIV sur l’intelligence artificielle. Elle remet la personne humaine et le bien commun au cœur de cette révolution technologique et pose une question essentielle : au service de qui se développe-t-elle ? Le risque n’est pas seulement celui d’une technologie incontrôlée, mais d’une technologie contrôlée au bénéfice de quelques intérêts particuliers. Le rapprochement est d’autant plus direct que Léon XIV souligne lui-même que l’IA tend à renforcer le pouvoir de ceux qui disposent déjà des ressources économiques, des compétences et des données, et avertit que de petits groupes peuvent orienter l’information, influencer les processus démocratiques et les dynamiques économiques à leur avantage. 

C’est la réaffirmation d’un principe simple : la technologie doit servir la société, pas l’inverse. Mais reprendre le contrôle sur les plateformes du monde d’hier ne suffira pas.

Il faut maintenant participer à la construction du monde de demain.

La revanche des atomes

Le modèle de la Silicon Valley reposait sur une intuition extraordinairement juste : le software allait absorber une part croissante de la valeur mondiale.
L’erreur fut peut-être d’en déduire que la matière devenait secondaire.
Pendant vingt ans, nous avons admiré les entreprises asset-light. Nous avons valorisé la plateforme davantage que celui qui possédait les véhicules, l’interface davantage que celui qui fabriquait l’objet, le cloud davantage que l’usine. Produire était une contrainte. Posséder le client était le Graal.

L’IA physique remet en cause cette hiérarchie.

Lorsque l’intelligence entre dans les voitures, les robots, les usines, les bâtiments ou les réseaux électriques, elle ne se superpose plus simplement au monde physique. Elle se construit avec lui. Capteurs, calcul, données, software, énergie, matériaux, actionneurs, fabrication et opérations deviennent les composantes d’un même système intelligent. La capacité stratégique n’est donc plus seulement de posséder la couche digitale qui commande, organise ou monétise le monde physique. Elle est de maîtriser ou d’orchestrer les systèmes capables de percevoir, décider et agir dans le monde réel. Cela ne signifie évidemment pas la fin du software. Il sera partout. Mais précisément parce qu’il sera partout, il ne suffira plus nécessairement à créer la rareté et à capter l’essentiel de la valeur.

La valeur peut alors se déplacer vers l’énergie, les semi-conducteurs, les robots, les batteries, les matériaux, les données physiques, les usines, les infrastructures — et surtout vers la capacité à combiner tout cela en écosystèmes intelligents.

Le prochain trillion-dollar business ne sera peut-être pas une nouvelle application permettant de commander un objet fabriqué par quelqu’un d’autre. Il pourrait être celui qui sait réellement fabriquer, déplacer, maintenir, réparer, recycler ou transformer cet objet avec dix fois moins de travail et dix fois moins d’énergie.

Pendant quinze ans, « Software is eating the world » a remarquablement décrit le déplacement de la valeur vers le digital. L’IA physique pourrait ouvrir le mouvement suivant : le retour de l’intelligence, de la rareté et de la valeur dans le monde des objets, de l’énergie et de la production.

Les atomes prennent leur revanche.

The Third Road

Par Guillaume Gerondeau